Matériaux naturels : la terre du Luberon

Centré sur les matériaux naturels (aussi appelées matériaux biosourcés), cette épisode présente l’action de l’association le Village. Terre de carrières, le Parc du Luberon est réputé pour ses paysages terreux. L’association y produit des briques de terres crues et créer ainsi de l’emploi social, dit de réinsertion, mais aussi pour de l’auto-écoconstruction pour donner un foyer aux personnes vulnérables

Dans le Luberon, bâtir en terre pour reconstruire des vies

À quelques kilomètres des villages perchés du Luberon, la maison Gargan ne paye pas de mine. Et pourtant, ce bâtiment expérimental construit il y a une dizaine d’années raconte beaucoup plus qu’une simple aventure architecturale. Ici, murs et fondations servent un projet plus large : penser l’habitat autrement, à partir des ressources locales, tout en accompagnant celles et ceux que la vie a laissés sur le bord du chemin.

La maison Gargan est née d’un partenariat étroit entre le Parc naturel régional du Luberon et l’association Le Village, une structure engagée depuis plus de vingt-cinq ans dans l’accueil et l’accompagnement de personnes en grande précarité. Ce bâtiment pilote a permis de tester plusieurs matériaux écologiques, dont l’un est au cœur du projet : la terre crue.

Faire avec ce que le territoire offre

« Dès le début, on a travaillé sur la question de l’autonomie, celle des personnes comme celle du territoire », explique Vincent Delahaye, salarié de l’association Le Village. Autonomie alimentaire d’abord, avec le développement d’un potager. Autonomie constructive ensuite, en cherchant comment bâtir avec ce qui se trouve sur place.

Rapidement, l’association développe un savoir-faire autour de la fabrication de briques de terre crue compressée, produites à partir de terres issues de carrières locales. Une technique simple en apparence, mais exigeante dans sa mise en œuvre. Dix pavillons sont ainsi construits en autoconstruction, permettant depuis plus de vingt ans d’héberger durablement des personnes en situation de fragilité.

À partir de 2008-2009, l’expérience change d’échelle : les briques ne servent plus seulement aux besoins internes, elles sont aussi produites pour être vendues. Une activité économique qui s’inscrit pleinement dans le projet social. « On est très attachés à la qualité de ce qu’on fait. Pour nous, l’économique, le social et l’écologique sont indissociables », insiste Vincent Delahaye.

Éco-construction et insertion : un même combat

Aujourd’hui, le chantier d’insertion de l’association emploie 45 personnes, dont plus d’une vingtaine dans le secteur de l’éco-construction. Une activité qui s’est imposée naturellement, tant les enjeux climatiques et énergétiques sont devenus centraux.

« Au départ, il s’agissait de construire des bâtiments performants pour l’hiver, mais très vite, la question de l’été est devenue majeure ici, dans le Sud, et désormais partout en France », souligne Sébastien Dutertre, membre de l’Association pour la Promotion des Techniques Écologiques (APTE), partenaire historique du projet.

Les bâtiments en terre offrent en effet un confort thermique remarquable, sans recours massif aux énergies fossiles. Une réponse locale à un problème global.

Pour diffuser ces techniques, l’association s’appuie sur des réseaux d’autoconstructeurs, mais aussi sur les collectivités. L’équipe du chantier d’insertion répond régulièrement à des marchés publics, un exercice toutefois semé d’embûches.

Quand l’innovation bute sur la réglementation

Car si rien n’interdit l’utilisation de matériaux naturels dans la commande publique, la réalité est plus complexe. « Ce n’est pas un problème réglementaire, c’est un problème d’assurance », résume Vincent Delahaye. Les matériaux doivent passer une batterie de tests coûteux, parfois plusieurs dizaines de milliers d’euros. Un investissement accessible aux industriels, beaucoup moins aux structures artisanales ou associatives, qui produisent à petite échelle.

Résultat : des techniques éprouvées, performantes, durables, peinent à être reconnues officiellement. « On est portés par des convictions, par des valeurs d’humanité et de solidarité, mais on se heurte aux contraintes économiques et à la domination de grands groupes industriels », constate-t-il.

Changer d’échelle, sans perdre le sens

Pour autant, l’association Le Village ne renonce pas. Elle continue d’expérimenter, de former, de construire, convaincue que ces initiatives locales peuvent, mises bout à bout, dessiner une alternative crédible.

« Il ne s’agit pas de maintenir des systèmes de survie, mais d’installer la vie », affirme Vincent Delahaye. Une ambition à la fois modeste et immense, qui lie logement, dignité humaine et respect des ressources.

Dans le Luberon, les briques de terre crue ne servent pas seulement à bâtir des murs. Elles deviennent le socle d’un projet de société, où l’écologie se conjugue au présent social.

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