Les Bogues du Blat en Ardèche, des drôles de HLM d’architectes en zone rurale..

Inventer Demain #18 Les bogues du Blat, un habitat social et écologique

Des HLM loin des villes, dessinés par des architectes et en auto-construction, ça existe ?

Oui, la Mairie de Beaumont en Ardèche a fait ce pari il y a quelques années, et avec, notamment, l’appui de la fondation de France, ils ont réussi à concrétiser ce projet. Depuis, 3 nouveaux bogues se sont créés (six en tout) et les demandes sont nombreuses pour venir y habiter. Parce que l’urbanisme, le paysage et l’architecture nous touchent tellement, partout, tout le temps, c’est l’affaire de tous.

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Aux Bogues du Blas, des HLM qui poussent comme des châtaigniers

C’est à la saison des châtaignes que le chemin mène au hameau des Bogues du Blas, sur la commune de Beaumont, en Ardèche. Dans cette châtaigneraie accrochée au relief, surgissent d’étranges constructions. Des maisons hautes, élancées, belles, des maisons d’architecte mais des HLM ruraux, plantés là comme une réponse inattendue à la question du logement en territoire isolé.

Le nom du lieu résonne comme une métaphore : d’une bogue naissent plusieurs châtaignes. Ici, ce sont des habitants, des usages et une manière inédite d’habiter qui ont émergé d’un même projet.

Un projet hors cadre pour un territoire à l’écart

À l’origine, une difficulté bien connue des communes rurales : construire du logement social loin des centres urbains.

« En général, les communes qui veulent des logements sociaux s’adressent à des offices HLM. Mais ici, ils n’ont pas voulu : trop isolé, pas assez de maisons, pas assez intéressant pour eux à gérer », explique Pascal Waldshmidt, maire de Beaumont.

Face à ce refus, la commune fait un choix audacieux : devenir elle-même maître d’ouvrage. Une décision rare, mais déterminante.

Construire autrement, au Fin fond de l’Ardèche

Pour concevoir le projet, la commune s’entoure de l’agence Construire, basée à Paris. L’architecte Loïc Julienne se souvient d’un chantier peu ordinaire.

« Aller construire trois maisons au fond de l’Ardèche, ce n’est pas une affaire comme on dit », sourit-il.

Le parti pris architectural est clair : de grandes maisons verticales, qui émergent de la châtaigneraie sans l’écraser, offrant à chaque logement une vue dégagée sur la vallée.

« On est bien dans la châtaigneraie, mais on est bien aussi quand on sort un peu au-dessus des arbres », poursuit l’architecte.

Des habitants co-constructeurs de leur logement

Plus qu’un projet architectural, Les Bogues du Blas sont une aventure collective. Très tôt, la municipalité et les architectes associent les futurs habitants.

« Le principe, ça a été de réunir le groupe d’habitants avant même de démarrer le chantier », explique Loïc Julienne.

Les résidents participent aux choix intérieurs, aux finitions, et parfois bien davantage. Élodie, aujourd’hui habitante des lieux, raconte.

« On était sur le site. On a choisi l’intérieur de nos maisons, on a fait le bardage. Mon copain a même été embauché par l’entreprise de charpente. »

Élagueur de métier, il apprend la charpente bois sur le chantier même.

« Avec son savoir-faire, il a vite pris le coup de main », raconte l’architecte.

Un chantier comme un lieu de vie

Aux Bogues du Blas, le chantier devient un espace de rencontres. Les artisans locaux s’investissent, les élus participent, les habitants observent.

« Ça faisait partie du projet de travailler avec quelqu’un qui avait envie de vivre ici », souligne Simon, l’un des habitants.

Les réunions de chantier prennent une tournure inattendue : elles sont publiques et se prolongent en repas collectifs.

« Chaque réunion, on cassait la croûte ensemble », se souvient le maire.

Pique-niques, cochon grillé, traditions de charpente… le chantier se transforme en fête.

« Simon, le plus jeune charpentier, a même posé le bouquet au sommet de la charpente, comme le veut la tradition », raconte Loïc Julienne en montrant les photos.

Apprivoiser les HLM, réinventer le voisinage

Cette ouverture joue un rôle clé dans l’acceptation du projet.

« Comme ce sont des HLM, ça permet aussi aux gens de nous apprivoiser », explique Élodie.

Ici, le logement social ne se cache pas : il se montre, s’explique, se partage. Les habitants du village suivent le chantier, viennent voir, discutent.

Pour Pascal Waldshmidt, le bilan dépasse largement la construction de trois maisons.

« Ça a été une belle aventure humaine », conclut-il.

Aux Bogues du Blas, on n’a pas seulement bâti des logements. On a inventé une autre manière d’habiter, ensemble, un territoire rural.

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