Centré sur les initiatives d’alimentation responsable et durable sur le Parc des Boucles de la Seine normande, cet épisode présente 3 ambassadeurs du territoire très engagés. Le Parc des Boucles de la Seine normande a répertorié et suivi une quarantaine d’initiatives qui constituent autant d’ambassadeurs du territoire (circuits courts, filières innovantes, cantines scolaires…) https://umap.openstreetmap.fr/fr/map/produits-locaux-en-vente-a-la-ferme_526565 – 11/49.4538/0.7690. Plus de 200 initiatives similaires ont ainsi été repérées dans une douzaine de Parcs avec une méthode commune proposée par la Fédération des Parcs et encadrée par l’association RESOLIS https://www.parcs-naturels-regionaux.fr/les-enjeux/agriculture-et-alimentation/les-initiatives-des-parcs-menees-avec-lassociation-resolis. Le Parc des Boucles de la Seine normande est très engagé dans la transition agricole et alimentaire. Parallèlement à la mise en réseau des initiatives : https://www.resolis.org/journal/etude-des-dynamiques-territoriales-de-transition-agricole-et-alimentaire-les-boucles-de-la-seine-normande/a9289611-f2e0-4f6d-a9d4-fc2c144170bc, il a travaillé avec ses partenaires à une vision commune (Scenario AFTERRE 2050, https://www.pnr-seine-normande.com/actions-domaine-afterres-2050-en-seine-normande-programme-nationale-pour-lalimentation-en-region-77.html) et à mieux connaître son territoire (mobilisation d’un outil statistique et prospectif sur la transition avec le BASIC et la Fédération des Parcs). Ces actions débouchent sur un projet alimentaire territorial concerté que le Parc met actuellement en œuvre.
Dans les Boucles de la Seine-Normande, l’alimentation en transition se cultive sur le terrain
Près de Rouen, au cœur du Parc naturel régional des Boucles de la Seine-Normande, agriculteurs, éleveurs et institutions expérimentent de nouvelles façons de produire et de consommer. Du canard désherbeur aux potagers bio-intensifs, ces initiatives dessinent une agriculture plus locale, plus sobre… et plus vivante.
C’est dans un restaurant, lors d’un séminaire consacré à l’alimentation, que s’ouvre la discussion. Autour de la table, les acteurs du territoire échangent sur les leviers concrets de la transition. Pour le Parc naturel régional des Boucles de la Seine-Normande, la question n’est plus seulement théorique.
« On a travaillé avec des influenceurs du territoire pour créer une vision commune, dans l’idée d’atteindre une autre réalité carbone à l’horizon 2050 », explique Jennifer Mayaud, chargée de mission au Parc. L’objectif : faire évoluer les pratiques agricoles, mais aussi les représentations, en s’appuyant sur des projets ancrés localement.
Le retour inattendu du canard dans les vergers
À Quevillon, dans les vergers de Belaitre, Denis Leroy teste une alternative originale au désherbage mécanique. Arboriculteur bio, il a renoncé depuis longtemps aux pesticides et au glyphosate. Mais entretenir l’herbe au pied des pommiers reste un défi.
« J’ai investi 15 000 euros dans une Herbanette, un gros rotophile. Il faut la conduire, manœuvrer, consommer du gasoil… », détaille-t-il. L’idée du pâturage s’est imposée naturellement. Après un essai peu concluant avec des moutons – trop gourmands en feuilles – une autre solution s’est révélée plus efficace : le canard.
« Le canard, lui, il mange l’herbe et se gère tout seul », sourit l’arboriculteur. Une évidence aujourd’hui, mais qui repose sur une expérimentation collective encore fragile.
Sauver une race locale pour réinventer les pratiques
Ces canards ne sont pas n’importe lesquels. Il s’agit du canard de Duclair, une race normande ancienne, longtemps menacée de disparition. « En 2014, le dernier élevage professionnel a fermé. Le Parc a alors récupéré les derniers individus et créé un élevage conservatoire », retrace Pauline Lecuyer, chargée de mission agriculture.
Restait à convaincre des agriculteurs de les accueillir. « Peu de personnes étaient prêtes à tenter l’expérience », reconnaît-elle. Aujourd’hui encore, la démarche reste expérimentale. « On est plus sur une phase de test », confirme Denis Leroy, qui envisage néanmoins de développer le système si les résultats se confirment.
À la ferme de la rivière Bourdet, Jean-François Boutard participe lui aussi à l’aventure. Les canards sont élevés avec précaution, déplacés jeunes vers les parcelles, dans un souci sanitaire et de coopération entre fermes. « Il y a aussi tout l’aspect humain, les interactions qu’on développe ensemble, et ça, c’est vraiment précieux », souligne-t-il.
Le maraîchage bio-intensif, ou l’art de produire plus sur moins de surface
Autre innovation, autre échelle. À Saint-François, Christophe Maupin cultive son jardin-verger comme une clairière au cœur d’un écosystème. Arbres disposés en cercle, zones sauvages préservées, mares, bandes refuges pour la biodiversité : ici, le paysage fait partie intégrante du projet agricole.
« Regardez cette terre, elle est magnifique. Les choux, la roquette… tout est là », lance le maraîcher en arpentant ses planches. Son modèle s’inspire du maraîchage bio-intensif, une technique née chez les maraîchers parisiens du XVIIIᵉ siècle, puis perfectionnée outre-Atlantique (voir Jean-Martin Fortier) avant de revenir en France.
Sur seulement 2 000 m² cultivés, la ferme produit l’équivalent de 50 000 euros de chiffre d’affaires. À l’hectare, cela représente jusqu’à 250 000 euros en bio-intensif, contre environ 20 000 euros en agriculture conventionnelle. « Et sans polluer, sans brûler du carbone, tout en créant plus d’emplois », insiste Christophe Maupin.
Des ambassadeurs de la transition
Dans les Boucles de la Seine-Normande, ces projets ne sont pas des exceptions isolées. Le Parc les repère, les accompagne et les met en réseau. Autant d’expérimentations pionnières qui montrent qu’une autre agriculture est possible, économiquement viable et écologiquement vertueuse.
Canards désherbeurs, vergers vivants, potagers intensifs et paysages pensés comme des écosystèmes : ici, la transition alimentaire ne se décrète pas. Elle se teste, s’observe et se cultive, pas à pas, sur le terrain.

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