Élus à vélo, paysages en débat

Des élus sur le terrain ! C’est aussi ça le travail d’un Parc naturel.

Dans le Parc naturel Périgord-Limousin, apprendre le territoire en le traversant

Il est 9h45. Casques ajustés, vélos électriques prêts à partir, élus et techniciens se rassemblent. Direction : les chemins, les villages, les ruptures de paysage du Parc naturel régional Périgord-Limousin. Ici, pas de salle de réunion ni de diaporama. La formation se fait dehors, au fil des kilomètres.

« L’intérêt de ces journées apprenantes, c’est de passer une journée complète sur le territoire », explique Muriel Lehericy, du Parc naturel régional. « On réalise un transect paysager, on traverse plusieurs unités de paysage, pour comprendre les différences géologiques, mais aussi humaines. »

Après des éditions en bus, le vélo électrique s’est imposé comme un compromis. Plus lent, plus immersif. « On voit la réalité des choses », souligne-t-elle. « On prend conscience de ce qui se vit vraiment sur le territoire. »

Lire le paysage comme une archive vivante

Au détour d’un arrêt, une carte ancienne circule de main en main. Ici, autrefois, un château, une église, un cimetière. Un système médiéval. Aujourd’hui, les traces ont changé de forme, mais le paysage continue de raconter son histoire. « Les cartes sont des outils précieux pour le diagnostic paysager », rappelle Muriel Lehericy. Elles permettent de lire les évolutions, d’identifier les ruptures, les continuités… et les choix.

Car le paysage n’est jamais neutre. Il est le résultat de décisions politiques, économiques et sociales. Énergies renouvelables, agriculture, habitat : tous les sujets s’invitent naturellement dans la discussion. « Transformer des pâtures semi-naturelles en zones de production électrique, c’est un choix », glisse une participante. « Il faut savoir lequel on fait. »

Énergies renouvelables : arbitrer sans simplifier

Éoliennes, panneaux photovoltaïques, objectifs climatiques à horizon 2050 : les débats sont francs. Faut-il produire pour l’autonomie du territoire ou pour alimenter les grandes villes voisines ? Accepter des éoliennes, mais à quelle hauteur ? À quel coût paysager ?

« On travaille sur une charte énergies renouvelables », explique Muriel Lehericy. « L’enjeu, c’est de définir collectivement ce que l’on veut pour nos paysages de demain. » Un débat qui dépasse les chiffres pour interroger le sens : quelle place pour le visible, pour le vivant, pour l’acceptabilité locale ?

Quand le paysage devient outil politique

Sur le terrain, les élus prennent la mesure concrète de notions souvent abstraites : PLUi, SCOT, zones agricoles, corridors écologiques. « Ça rejoint tout ce qu’on étudie », confie l’un d’eux. « Mais abordé de cette manière, c’est beaucoup plus parlant que dans une réunion intercommunale. »

Le parcours traverse des sites sensibles : carrières utilisées par les chauves-souris, plateaux calcaires riches en orchidées — plus de 25 espèces recensées —, anciennes zones viticoles marquées par le changement climatique. Partout, la question de l’équilibre entre usages, protection et développement.

« Le paysage est un prétexte », résume Muriel Lehericy. « Un prétexte pour comprendre le territoire dans sa globalité. »

Du patrimoine au quotidien des habitants

Au fil des kilomètres, les échanges glissent vers l’échelle plus intime : jardins, clôtures, espaces privatifs, bâti ancien. Comment impliquer les habitants ? Comment préserver le caractère tout en répondant aux usages contemporains ? « Il y a des artisans locaux qui ont encore ce savoir-faire », note une intervenante. « Travailler les bons matériaux, de la bonne manière. »

Même la mobilité devient un sujet d’étude. Le vélo révèle ce qui fonctionne et ce qui coince : routes agréables, secteurs dangereux, zones peu adaptées. Une immersion totale.

Former autrement pour décider mieux

À mi-parcours, une évidence se dégage : comprendre un territoire ne peut se faire uniquement derrière un bureau. « Chaque séance est plus riche que la précédente », observe une participante. « On comprend mieux l’importance du paysage dans notre quotidien d’élus. »

Ici, le paysage n’est ni décor ni contrainte. Il est un outil de lecture, de débat et de décision. Un espace commun où se croisent mémoire, biodiversité, énergie, agriculture et qualité de vie.

À la fin de la journée, les jambes sont fatiguées, mais les idées plus claires. Dans le Parc naturel Périgord-Limousin, apprendre en roulant, c’est aussi apprendre à décider autrement.

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