La commune de Viens avec l’aide de Parc naturel régional du Luberon a fait le choix de réhabiliter les remparts historiques de la ville pour attirer de nouveaux habitants, de les louer (à loyers modérés) en y associant un équipement public. La population a presque doublée et depuis la ville a continué cette politique jusqu’à créer une Mairie isolée en paille avec le soutien d’un chantier participatif.
À Viens, le logement social pour garder le village vivant
À Viens, le logement social pour garder le village vivant
Dans le Luberon, l’attractivité du territoire a un revers : la flambée des prix de l’immobilier. Résidences secondaires, locations saisonnières et pression touristique rendent l’accès au logement de plus en plus difficile pour les ménages modestes ou aux revenus intermédiaires. À Viens, petit village perché du Vaucluse, la municipalité a fait un choix fort : réhabiliter l’existant pour proposer du logement social au cœur même du village.
Résister à la pression immobilière
Pour Jean-Pierre Peyron, maire de Viens jusqu’en 2020, l’enjeu était vital :
« Ici, on est victime de notre succès. Les loyers sont extrêmement élevés et les acquisitions quasiment impossibles pour des gens aux revenus faibles ou moyens. Notre volonté a toujours été de maintenir le village vivant : accueillir de nouveaux habitants, des jeunes enfants, faire marcher l’école. »
Un objectif ambitieux dans un contexte rural où peu de bailleurs sociaux acceptent d’intervenir. « Aucun bailleur social dans le Vaucluse n’a voulu venir à Viens », rappelle l’ancien maire. La commune décide alors de porter elle-même le projet.
Bel Air, un projet ancré dans l’histoire
L’opération dite Bel Air comprend sept logements sociaux communaux, installés au cœur des remparts. « On comprend facilement le nom, il y a beaucoup de vues et de vent », sourit Serge Marty, ancien directeur du Parc naturel régional du Luberon.
Le projet trouve son origine à la fin des années 1990. Un bâtiment ancien, alors mis en vente à un prix accessible, est préempté par la mairie. Derrière ses volets verts, l’édifice recèle une histoire singulière : il aurait accueilli des figures comme l’écrivain Joseph Delteil ou la troupe américaine de Joséphine Baker. Lors des travaux, des traces de ce passé refont surface — une photographie de revue parisienne, une sculpture attribuée à Calder.
Mis en service en 2003, le site devient un exemple de réhabilitation patrimoniale au service de l’habitat social.

Habiter les remparts
Iris, locataire, raconte son choix :
« Pour moi, il n’était pas question d’aller habiter en ville. Je voulais garder ce cadre, proche de la nature, être dans les remparts, avec cette vue exceptionnelle. »
Son logement est conçu sur deux niveaux, avec une terrasse commune qui favorise les échanges. « C’est un lieu où on se retrouve pour les goûters des enfants, pour étendre le linge, pour boire le thé. L’ambiance du village est exceptionnelle ici. »
Les épais murs en pierre offrent un confort thermique naturel. « Il fait frais l’été, chaud l’hiver », souligne Iris, qui apprécie aussi le chauffage collectif à bois.
Un choix énergétique local et collectif
Installée dans un espace contraint, la chaudière alimente les sept logements. Chaque foyer dispose de son propre thermostat, pour un confort individualisé. « Ce bois vient probablement d’un châtaignier local », précise Serge Marty. Un choix cohérent avec l’esprit du projet : valoriser les ressources du territoire tout en maîtrisant les coûts énergétiques.
Pour Albert, ancien habitant de Marseille, le changement est radical :
« Ici, c’est le calme. Je laisse ma voiture ouverte. La tranquillité, ça n’a pas de prix. »
Le rôle clé du Parc naturel régional
Si la commune a porté politiquement le projet, elle n’était pas seule. « Les petites communes n’ont pas les moyens de monter ce genre d’opérations. Le parc a été très efficace », reconnaît Jean-Pierre Peyron.
Progressivement, le Parc naturel régional du Luberon a accompagné plusieurs villages dans des démarches similaires, en privilégiant la réhabilitation de bâtiments dégradés plutôt que l’artificialisation des sols. « Il n’y a jamais que du logement social », précise Serge Marty. « On ajoute toujours un équipement public, pour renforcer la vie du village. »
Une politique qui porte ses fruits
Les résultats sont visibles. Entre 2002 et 2020, la population de Viens est passée de 450 à 650 habitants. Une croissance directement liée à la politique de logements sociaux et aux investissements dans les services publics locaux : école, centre de loisirs, équipements collectifs.
À Viens, le logement social n’est pas un projet périphérique. Il est intégré au cœur du village, dans ses murs, son histoire et son paysage. Une manière concrète de lutter contre la désertification rurale et de rappeler qu’habiter un territoire, c’est aussi un choix politique.

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