Aujourd’hui rendez-vous dans le Parc des Ballons des Vosges pour y découvrir un dispositif efficace mis en place pour un partage harmonieux de l’espace entre humains et autres êtres vivants : le programme « Quiétude Attitude ». Une belle initiative d’incitation (et non d’interdiction) à randonner sans perturber la faune, lorsqu’elle se reproduit ou hiberne par exemple. Le programme initié dans le Parc du Haut-Jura, s’est prolongé dans celui des Ardennes, et fera, à coup sûr, des petits à travers toute la France.
Le programme Quiétude Attitude, une pédagogie du respect en montagne
Au cœur du parc naturel régional des Ballons des Vosges, la forêt semble silencieuse. Un silence trompeur, fait de battements d’ailes, de chants discrets et de présences invisibles. Ce matin-là, Antoine André s’arrête net sur le sentier. « Le Pouillot Fitis », glisse-t-il en montrant une branche. Premier chant de l’année. Ici, la randonnée commence par l’écoute.
Antoine est coordinateur du programme Quiétude Attitude, une initiative pionnière en France pour concilier protection de la biodiversité et pratiques de loisirs en nature. Lancé en 2015 par le Parc naturel régional des Ballons des Vosges, en partenariat avec le Parc du Haut-Jura, le programme repose sur une idée simple : convaincre plutôt que contraindre.
Dévier pour mieux protéger
Nous sommes sur l’ancien tracé du GR5, autrefois très fréquenté. Le sentier existe toujours, mais il n’est plus entretenu ni balisé. « On le laisse volontairement en l’état », explique Antoine André. « L’objectif est de sensibiliser les randonneurs au fait qu’ils entrent dans une zone de quiétude. »
Le principe : canaliser la fréquentation vers des itinéraires alternatifs pour sanctuariser certains espaces, notamment durant les périodes sensibles comme la reproduction. Ici, sur le massif du Grand Brézouard, cette stratégie vise en particulier le grand tétras, une espèce emblématique et menacée.
Lorsque des randonneurs s’arrêtent, intrigués par un panneau, le dialogue s’engage naturellement. « On voulait faire le tour du Grand Brézouard », expliquent-ils. Antoine prend le temps, carte à la main, de proposer un autre itinéraire, tout aussi spectaculaire. « C’est intelligent », répondent-ils. « On comprend la démarche. Il faut respecter la faune. »
Une forêt multifonctionnelle
À Sainte-Marie-aux-Mines, commune forestière à 80 %, la démarche a trouvé un écho politique fort. « Quand nous sommes entrés en fonction en 2020, nous voulions aborder la forêt dans toutes ses dimensions », explique la maire, Noëllie Hestin. « Le GR5 traversait un secteur très fréquenté. Nous avons réussi à le dévier pour créer une véritable zone de quiétude, en lien avec le programme du parc. »
Au-delà des sentiers, le projet s’inscrit dans une gestion globale du massif : ouvertures paysagères, trouées forestières favorables au grand tétras, actions menées avec des partenaires locaux, comme le lycée technique de Sainte-Marie-aux-Mines. « On fait attention à ne pas tout montrer », précise Antoine André. « L’idée n’est pas d’attirer davantage de visiteurs dans ces zones sensibles. »
Un réseau qui s’étend
Quiétude Attitude ne repose pas uniquement sur des panneaux. Le programme s’appuie sur un large réseau de partenaires : accompagnateurs en montagne, collectivités, offices de tourisme, associations. Tous relaient les mêmes messages : adapter ses comportements, connaître les zones sensibles, adopter les bons réflexes.
« Le programme parle à beaucoup d’acteurs et à beaucoup de territoires », observe Antoine André. Le Parc naturel régional des Ardennes a déjà adopté la démarche. D’autres devraient suivre, soutenus par la région Grand Est à travers le programme Life Biodiv’Est, qui vise notamment la création d’une cinquantaine de zones de quiétude à l’échelle régionale.
Préserver sans exclure
Dans un contexte de fréquentation croissante des espaces naturels, Quiétude Attitude propose une autre voie. Ni interdiction systématique, ni sanctuarisation invisible. Mais une pédagogie du respect, fondée sur l’information, le dialogue et la responsabilité individuelle.
Ici, dans les Vosges, randonner autrement, c’est accepter de faire parfois un pas de côté. Pour mieux partager la montagne avec ceux qui y vivent toute l’année, à l’abri des sentiers.

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