Pour protéger la nuit et sa cohorte de biodiversité, le site Natura 2000 Vallons Obscurs, dans les Alpes-Maritimes, a fait le choix de l’extinction. Résultat : les chauves-souris ne sont pas pas attendre pour revenir sur le site. Rencontres avec Isabelle Bres, Maire de Colomars et Vice-président de la métropole Nice-Côte d’Azur, et Thomas Malatrasi, Chef de projet Natura 2000 (Vallons Obscurs) et biodiversité à la métropole de Nice-Côte d’Azur pour comprendre les mécanismes du projet.
À Colomars, l’extinction de l’éclairage public au service des vallons obscurs
Face aux montagnes du Mercantour, les collines qui bordent le Var semblent tranquilles. Pourtant, creusés dans leur cœur, des vallons étroits et ombragés abritent une richesse insoupçonnée. À Colomars, commune de la périphérie de Nice, ces « vallons obscurs » sont devenus le terrain d’une expérience pionnière : éteindre la lumière pour laisser vivre la nuit.
« Nous sommes une commune périurbaine avec de grands espaces naturels », explique Isabelle Bres, maire de Colomars et vice-présidente de la Métropole Nice Côte d’Azur. « Ce sont des lieux de promenade, de découverte, mais surtout un poumon vert que nous voulons absolument préserver. » Classés Natura 2000 et protégés par des arrêtés de biotope, ces sites bénéficient d’un cadre réglementaire fort, plébiscité par les habitants eux-mêmes.
Un écosystème rare, coincé entre les lumières de la ville
Les vallons obscurs forment un ensemble singulier : dix vallons répartis sur huit communes. « Ce sont des canyons très encaissés, très humides, creusés dans une roche spécifique appelée le pouding », détaille Thomas Malastrasi, chef de projet Natura 2000 à la métropole. Cette configuration géologique crée des microclimats où cohabitent des végétations tropicales, subtropicales et montagnardes. Une rareté.
Ces vallons sont aussi des refuges essentiels pour la faune, notamment pour les chauves-souris. « Elles utilisent ces vallons comme corridors écologiques nocturnes », explique Thomas Malastrasi. « Elles rejoignent le fleuve Var, qui est une véritable autoroute pour elles, mais elles chassent aussi beaucoup à l’intérieur des vallons. »
Le problème vient de l’extérieur. Les crêtes environnantes sont urbanisées, équipées d’éclairage public. « La lumière crée des ruptures de continuité écologique nocturne », poursuit-il. Pour les espèces lucifuges — celles qui fuient la lumière — ces éclairages deviennent de véritables murs.
Éteindre pour reconnecter
Face à ce constat, la métropole et les communes concernées ont décidé d’agir. À Colomars, l’éclairage public est désormais éteint de manière ciblée. « Aujourd’hui, 62 % de l’éclairage est coupé », précise Isabelle Bres. « Nous sommes allés au-delà des préconisations initiales, et l’adhésion de la population a été totale. »
Une réussite rendue possible par une forte transversalité entre services techniques et environnementaux, mais aussi par un suivi scientifique rigoureux. Des écologues ont installé des capteurs passifs pour enregistrer les ultrasons émis par les chauves-souris. Résultat : des données précises, comparant les périodes avec et sans éclairage.
« Les résultats ont été spectaculaires », affirme Thomas Malastrasi. « L’activité de certaines espèces a été multipliée par dix après l’extinction de la lumière. » Plus récemment, la commune est allée encore plus loin en testant une extinction totale estivale, du 1er juin au 15 août. « Là, on observe une activité sept fois supérieure à celle mesurée lors des extinctions partielles en cœur de nuit », détaille-t-il.
Une expérience pionnière
Pour Isabelle Bres, cette démarche dépasse la seule question de l’éclairage. « On contribue concrètement à la biodiversité. On voit revenir des insectes qui avaient disparu. » L’expérimentation menée à Colomars s’inscrit désormais dans une étude plus large sur l’impact de la pollution lumineuse sur les mammifères, une première à cette échelle.
« C’est une vraie fierté », conclut la maire. « Pour la commune, mais aussi pour la métropole qui nous a accompagnés. » Dans ces vallons discrets, la nuit retrouvée n’est plus synonyme d’obscurité subie, mais d’un choix politique et écologique assumé.
À Colomars, en laissant la nuit reprendre ses droits, on redonne aussi une place essentielle au vivant.

Reply