Centré sur les matériaux naturels (aussi appelées matériaux biosourcés), cette épisode présente comment le Parc naturel régional du Luberon et l’ONF ont réussi à valoriser les essences de bois locales que sont le Cèdre et le Cyprès. Le Vaucluse est le deuxième département de France à avoir une importante cédraie. Très concrètement, nous prenons exemple ici sur la scierie la Bernadette à Villars (84) qui travaille ces deux essences en matériaux de construction mais aussi en mobilier.
Construire autrement : quand les matériaux naturels retrouvent leur place
Face aux enjeux climatiques et à la standardisation du bâtiment, les matériaux naturels connaissent un regain d’intérêt. Bois local, terre, paille, savoir-faire vernaculaires : dans le Luberon, une filière se structure, portée à la fois par des artisans, des centres de formation et le Parc naturel régional. Du tronc d’arbre à la maison, immersion dans une autre façon de construire.
Du bois local, pensé pour durer
À la scierie de la Bernadette, le bois arrive directement de la forêt voisine. « On les redescend ici, on les scie, et en général ils sont revendus dans la région. C’est vraiment du circuit court », explique Laurent Isnard.
Les arbres, habitués depuis des décennies aux écarts de température et aux vents du territoire, offrent un matériau naturellement adapté au climat local.
Certains spécimens, de vieux cyprès plantés il y a plus d’un siècle pour se protéger du mistral, racontent l’histoire d’un paysage façonné par l’usage. « C’est quelque chose d’unique. Avec ces arbres-là, on fait de la charpente, des planches, des plateaux pour des tables. »
Une matière première disponible, mais longtemps sous-exploitée : « Il manquait un maillon, celui de la première transformation. Aujourd’hui, on a cette chance. »
Pour l’artisan, chaque pièce de bois est singulière, presque imprévisible. « Si demain j’en veux deux identiques, je ne les aurai pas. C’est un peu magique. » Une philosophie à l’opposé de la production standardisée.
Le bois comme choix de sens
À Apt, Muriel, caviste des Vins du Coin, a fait le choix de meubles réalisés en bois local. « Le concept du magasin, c’est de faire travailler les gens d’ici. Beaucoup de clients me demandent d’où viennent les meubles, qui les a faits. »
Dans la boutique, le cèdre diffuse son odeur. « Le bois, le vin, ça va bien ensemble. Ça sent bon, c’est naturel, authentique. »
Pour Laurent Isnard, le choix du matériau est aussi un engagement : « Arrêtons de jeter, de faire du jetable. On ne fait pas de la charpente jetable. On travaille pour quelque chose qui dure dans le temps. »
Former pour transmettre les savoir-faire
Mais produire des matériaux naturels ne suffit pas. Encore faut-il savoir les mettre en œuvre. Pour Philippe Chiffoleau, du Parc naturel régional du Luberon, l’enjeu est clair :
« Il s’agit aussi de transmettre les savoir-faire aux entreprises du bâtiment sur l’utilisation des matériaux traditionnels. »
C’est dans cette logique que le parc s’appuie sur un acteur clé du territoire : le Gabion, centre de formation à l’éco-construction, implanté à Mane.
Le Gabion, école du geste et de la matière
Maître d’œuvre en construction écologique, Arnaud Fournaise coordonne la formation d’ouvrier professionnel en éco-construction. Pendant neuf mois, les stagiaires apprennent à bâtir de A à Z : fondations, gros œuvre, ossature bois, charpente et isolations écologiques.
« Ce sont des techniques qui demandent un vrai savoir-faire et des gestes précis. Ici, on s’attache à la transmission du geste. » Les formateurs sont tous des artisans en activité, qui accueillent aussi les stagiaires en entreprise. Un modèle qui fonctionne : « On a un très bon taux de retour à l’emploi à la sortie de la formation. »
Une nouvelle génération en quête de sens
Parmi les stagiaires, Alex, 26 ans, a grandi à Marseille. Après avoir appris les techniques du bambou en Inde et en Colombie, il est revenu avec une envie : comprendre les matériaux naturels français. « Je voulais savoir ce qui se fait en vernaculaire ici. J’ai découvert le Gabion, et depuis février je suis en formation. Je m’y régale. »
Romane, elle, vient de chantiers participatifs à l’étranger. « La formation est très enrichissante, parce qu’elle est pluridisciplinaire. » Elle souhaite se spécialiser dans la terre, les enduits de finition et les peintures décoratives.
Basile souligne la diversité des matériaux utilisés : bois, terre, ouate de cellulose, paille de blé, d’orge ou de riz. « Je n’ai jamais eu le sentiment d’apprendre autant chaque jour. » Ancien étudiant en gestion, il pointe un paradoxe : « C’est une formation officiellement de niveau CAP, mais l’enrichissement et l’apprentissage sont incomparables à ce que j’ai connu avant. »
Construire local, construire durable
À travers ces parcours, se dessine une autre vision du bâtiment : moins industrialisée, plus locale, plus humaine. En renouant avec les matériaux naturels et les savoir-faire traditionnels, le territoire du Luberon esquisse une réponse concrète aux défis environnementaux, tout en recréant du lien entre forêt, artisans, formation et habitat.
Une manière de construire qui, loin d’être tournée vers le passé, regarde résolument vers l’avenir.

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