Manger local, les agriculteurs au service de la communauté

Deux agriculteurs, deux histoires inspirantes, un même amour pour le Vercors. Cet épisode de la websérie Inventer Demain, propose de découvrir deux parcours d’agriculteurs qui font de leur passion un métier au service du territoire. Pauline perpétue la tradition familiale à la ferme de la Grand Mèche. Elle apporte une énergie nouvelle tout en préservant un héritage précieux. Rudy a choisi de changer de vie pour devenir agriculteur. Depuis 5 ans, il œuvre pour la biodiversité locale.

Manger local, des fermes au cœur du Vercors

Ici, dans le Vercors, manger local n’est pas un slogan. C’est une organisation collective, un réseau de fermes, de savoir-faire et de transmissions que le Parc naturel régional accompagne au quotidien. Entre héritage familial et reconversion professionnelle, rencontre avec deux exploitations qui racontent, chacune à leur manière, une agriculture au service du territoire.

Une ferme enracinée dans le paysage

À la ferme de la Grande Merche, l’histoire est d’abord celle d’un lieu. Pierre Guillot est né ici, ou presque. Une évidence, pour lui.

« Moi, je suis né là, à 50 mètres. Les clients, c’est des locaux, des particuliers, et puis après on a deux ou trois revendeurs sur Grenoble, et aussi des restaurateurs. »

Ici, l’élevage s’inscrit dans la durée, dans une relation de proximité avec les habitants du massif. La vente directe structure l’activité, mais aussi le lien social : connaître ceux qui consomment, répondre à une attente locale, rester à taille humaine.

La relève, déjà en marche

À ses côtés, Pauline Guillot incarne l’avenir de la ferme. Dans un an et demi, elle reprendra l’exploitation familiale. Une continuité assumée, nourrie par une mouvance collective très présente sur le Vercors.

« Sur le Vercors, il y a une belle dynamique. Il y a plein de choses mises en place pour les jeunes, par les jeunes. »

Pauline fait partie des Graines d’éleveurs, une association créée par des enfants d’agriculteurs pour ouvrir les horizons, partager les expériences et découvrir d’autres territoires.

« On était une trentaine de jeunes d’enfants de familles agricoles. On s’est montés en association pour récolter des fonds, aller au Salon de l’agriculture, découvrir d’autres territoires, jusqu’au Beaufort. »

L’initiative dépasse aujourd’hui le Vercors : d’autres parcs naturels et AOP laitières s’y intéressent, preuve que la transmission agricole se pense aussi collectivement.

Changer de vie pour devenir paysan

En quittant la ferme familiale, la route serpente dans les gorges de la Bourne. Plus bas, Rudy Magne s’est installé il y a cinq ans seulement. Son parcours tranche : avant l’arboriculture, il était chercheur en océanographie.

« En consommant local, directement chez le producteur, je me suis dit que c’était peut-être possible d’être agriculteur, avec moins de surface. Ça a été le déclic. »

Le jardinage, d’abord, puis l’idée d’un verger pensé autrement, où la biodiversité devient un outil à part entière.

Cultiver avec le vivant, pas contre lui

Chez Rudy, la technique s’efface derrière une philosophie : choisir des variétés robustes et créer un environnement favorable au vivant.

« Pour moi, l’essentiel, c’est la génétique des variétés. Choisir des variétés peu sensibles. »

Autour de la parcelle, près de 600 arbres composent des haies continues. La floraison s’y étale sur l’année, offrant refuges et ressources aux insectes, oiseaux et mammifères.

« L’idée, c’est une biodiversité orientée pour réguler les ravageurs potentiels du verger. »

Nichoirs, perchoirs, chauves-souris et rapaces participent à l’équilibre recherché. Mais sans illusion.

« Il ne faut pas se dire que si je fais tout comme dans les bouquins, ça va marcher parfaitement. Dans la nature, ce n’est pas le cas. »

Une agriculture de territoire

Des fermes historiques aux projets récents, le Vercors dessine une agriculture ancrée, inventive, et collective. Soutenus par le Parc naturel régional, ces agriculteurs partagent une même conviction : produire localement, c’est aussi produire du lien, de la résilience et une vision d’avenir pour le territoire.

Ici, manger local, c’est avant tout une histoire de femmes, d’hommes… et de paysages vivants.

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