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Dans le Gâtinais français, un observatoire pour raconter l’évolution des paysages
Dans le Parc naturel régional du Gâtinais français, les paysages ne se contemplent pas seulement : ils s’observent, se comparent et se transmettent. À travers l’Observatoire photographique des paysages (OPP), élus, techniciens et habitants contribuent depuis plus de vingt ans à documenter l’évolution d’un territoire singulier, surnommé « le pays des mille clairières et du grès ».
Sur une route départementale du village de Recloses, près d’un château d’eau, appareil photo sur trépied, Gilles Clugnac, maire adjoint et co-Président du comité paysage et territoire, ajuste précisément son cadrage. « C’est vraiment l’identité du village, tout le monde le connaît », explique-t-il en évoquant ce point de vue emblématique, repère local aussi bien géographique qu’affectif. Ici, chaque détail compte : l’angle, la focale, l’emplacement exact, relevé au GPS, afin de reproduire fidèlement les prises de vue au fil des années.
Car l’objectif de l’observatoire est là : revenir, année après année, exactement au même endroit, pour observer les transformations du paysage. Une démarche que Gilles Clugnac compare volontiers à un album de famille : « On ne se rend pas compte du changement au quotidien, mais quand on regarde les photos, on se dit : mince, ça a vraiment évolué. »
Un outil de protection et de sensibilisation
Pour Jean-Jacques Boussaingault, président du Parc naturel régional du Gâtinais français, l’observatoire photographique est bien plus qu’un simple exercice esthétique. « C’est un outil de protection et de promotion de ce paysage exceptionnel que nous avons sur notre territoire », rappelle-t-il. Le Gâtinais français se caractérise par une mosaïque de milieux ouverts, de massifs boisés et de formations rocheuses en grès, dont l’équilibre reste fragile.
À Perthes-en-Gâtinais, devant l’église classée du XIIIᵉ siècle, Pascal Magnier, lui aussi co-président du comité paysage et territoire, compare les clichés pris depuis les premières campagnes photographiques, dès 2003, puis en 2015. « On correspond encore à l’image d’origine, mais on voit que le paysage a tout de même évolué », constate-t-il, soulignant l’intérêt de disposer d’archives visuelles sur le long terme.
Accompagner l’évolution, sans figer les paysages
Préserver ne signifie pas figer. C’est ce que rappelle Élise Giroux, chargée de mission paysage au Parc : « L’objectif n’est pas nécessairement de figer les paysages, mais de les accompagner vers une évolution choisie et non subie. » L’observatoire devient alors un outil d’aide à la décision, au service des politiques d’aménagement, mais aussi un support pédagogique pour comprendre les transformations en cours.
Le dispositif repose sur une dynamique collective. Les 70 communes du parc sont invitées à participer, parfois avec des moyens très simples. « Aujourd’hui, un téléphone portable suffit », explique Pascal Magnier. En respectant quelques règles de cadrage et de focale, les habitants ou les élus peuvent eux-mêmes prendre les photos, qui sont ensuite centralisées par le Parc.
Ces images sont accessibles via une carte interactive en ligne, permettant de visualiser l’évolution d’un même lieu sur plus de vingt ans. Une manière concrète de mesurer le passage du temps, mais aussi de prendre conscience de la fragilité des paysages.
Tous acteurs du paysage
Au-delà de la photographie, l’observatoire porte un message fort : le paysage est l’affaire de tous. « Quand on rénove son portail, quand on repeint ses volets, on a un rôle à jouer », insiste Élise Giroux. Chaque geste, même à l’échelle individuelle, participe à l’identité collective du territoire.
En archivant le passé et en éclairant le présent, l’Observatoire photographique des paysages du Gâtinais français s’impose ainsi comme un outil de transmission. Un moyen de veiller sur ces paysages du quotidien, pour mieux les comprendre aujourd’hui et les préserver pour les générations futures.

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