Le pastoralisme en site natura 2000 en Dordogne

Le pastoralisme en site natura 2000 en Dordogne

premier épisode de la série « Dans la peau d’un élu Natura 2000 » qui part à la rencontre de Stéphane Roudier, maire de Condat-sur-Vézère.
Par son témoignage, Stéphane revient sur la mise en place d’une zone de pâturage sur les sites #Natura2000 de son territoire pour permettre leur entretien tout en tant préservant la biodiversité.

Stéphane Roudier, maire de Condat-sur-Vézère nous apporte son retour d’expérience dans la mise en place d’une zone de pâturage sur un site classé Natura 2000 qui a permis à des éleveurs tels que Christelle de faire paraitre leur brebis. Une action de soutien à l’agriculture locale qui permet de préserver la biodiversité d’un site naturel remarquable et fragile.

Une vidéo à revoir sur YouTube ➡️ https://lnkd.in/eUqemvca

pastoralisme en dordogne
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Dans la vallée de la Vézère, le retour du pastoralisme pour rouvrir les paysages

Dans le Périgord noir, la vallée de la Vézère est connue pour son patrimoine préhistorique et ses paysages emblématiques. Mais derrière cette image de carte postale, les milieux naturels se fragilisaient peu à peu, gagnés par l’embroussaillement. Pour enrayer ce phénomène et préserver la biodiversité, élus et éleveurs ont fait un pari : réintroduire le pastoralisme, disparu depuis près d’un demi-siècle.

Des milieux qui se referment, une biodiversité qui recule

Sur les coteaux et plateaux de Condat-sur-Vézère, Stéphane Roudier observe attentivement la flore. Certaines espèces reviennent, d’autres demeurent rares. « Ce sont des sites fragiles. Le troupeau ne doit pas rester plus de cinq jours », explique-t-il en désignant une parcelle classée Natura 2000. Ici, le pâturage n’intervient qu’une fois par an, en fin d’été.

Le résultat est pourtant visible : des milieux rouverts, une diversité végétale retrouvée, et le retour d’oiseaux qui avaient déserté ces espaces. À quelques mètres, une zone non pâturée témoigne de l’enjeu : « Regardez l’embroussaillement. Les brebis font un travail de débroussaillement remarquable », souligne le maire.

Une volonté politique pour maintenir la vie rurale

Maire de Condat-sur-Vézère et élu référent Natura 2000, Stéphane Roudier porte ce projet depuis plusieurs mandats. « L’engagement que j’ai, avec les maires de Coly et d’Aubas, c’est de maintenir une activité et une vie sur nos territoires ruraux. »
Avec ses collègues, il constate une perte d’identité paysagère et une baisse de la biodiversité liée à l’abandon des pratiques agricoles traditionnelles.

La réponse prendra la forme d’une association pastorale foncière libre (APFL). Après avoir contacté de nombreux propriétaires, les élus proposent une mise à disposition gratuite de parcelles boisées pour permettre l’installation d’un élevage pastoral. « On a réintroduit le pastoralisme après cinquante ans de disparition. Beaucoup d’anciens ont tout de suite adhéré : ils se souvenaient de ces terres pâturées autrefois. »

Un projet sans coût direct pour la collectivité, mais avec des bénéfices environnementaux immédiats.

Christelle Régnier, éleveuse au service des milieux

Au cœur du dispositif, Christelle Régnier conduit son troupeau à pied, aidée de Sali, une jeune border collie déjà très efficace. « Elle travaille presque toute seule », sourit l’éleveuse.

Christelle élève aujourd’hui près de 400 brebis, réparties en plusieurs races rustiques : Chachiardias basques, landaises et rouges du Roussillon. Des races menacées de disparition, peu productives en viande ou en lait, mais parfaitement adaptées à l’élevage extensif. « Elles vivent dehors toute l’année, sans bâtiment, et mangent de l’herbe 365 jours par an. »

La vente se fait en circuit court, sur les marchés de producteurs locaux. Grâce à l’association foncière, l’éleveuse pâture sur 1 200 hectares mis à disposition, dont plusieurs sites Natura 2000 soumis à des calendriers stricts. « Il faut préserver les orchidées sauvages, le lézard doré. On travaille aussi avec le Conservatoire des Espaces Naturels. »

Installée depuis six ans, Christelle a doublé son troupeau, preuve que l’équilibre entre activité économique et préservation environnementale est possible.

Un équilibre fragile, soutenu par les aides

Pour Stéphane Roudier, le pastoralisme ne peut fonctionner sans accompagnement public. « Faire pâturer dans ces conditions, ce n’est pas rentable. » Trois types de financements permettent de soutenir les éleveurs et d’assurer l’entretien des milieux.

Sur les 400 hectares de zones Natura 2000 de la vallée, seuls 80 hectares sont aujourd’hui pâturés. L’enjeu est désormais de développer cette démarche et de convaincre. « Sans ces aides, ces espaces ne seraient pas entretenus », insiste l’élu.

Transmettre les paysages aux générations futures

Au-delà de l’agriculture, le projet pastoral de la vallée de la Vézère pose une question collective : comment préserver des paysages vivants, riches en biodiversité, tout en maintenant une activité humaine durable ?

« Tout le monde a intérêt à préserver ces milieux », conclut Stéphane Roudier. Un héritage fragile, façonné par des siècles de pratiques agricoles, que brebis et bergers contribuent aujourd’hui à faire revivre, pas à pas, pour les générations à venir.

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