Un film des enfants de Magnat l’Étrange. Le résultat de 36 heures d’Ateliers éducation à l’image/à l’environnement avec les enfants de Magnat-l’Étrange : un film sur l’eau et sur « Sans Famille » (Rémi).. c’est pour bientôt.. et même au cinéma d’Aubusson .. en attendant il y a toujours le teaser ci-dessous : Avec Les Ateliers Documentaires du paysage PNR Millevaches Pôle Image les Yeux Verts la Drac
D’ores et déjà un grand bravo et merci à tous.. enfants, acteurs, intervenants, amis, enseignants qui font que ce projet est possible. Les Ateliers Documentaires du Paysage c’est le regard des enfants du monde dit rural de France sur leur paysage.. sur un élément de peur paysage.. des petits pas vers une certaine conscience, une responsabilité et aussi vers un plus grand film qui, loin d’être un catalogue, portera notre regard sur le leur et les problématiques liées à l’environnement. https://www.lesateliersdocumentaires.fr et musique par Smetana sur le fleuve Vltava qui passe à Prague. Partition remarquable.. et parfaite pour le film ! Smetana s’inspirait beaucoup du folklore et des cultures locales (tchèques en l’occurrence)
Les gardiens de Mille Sources
Je suis un enfant trouvé.
Du moins, c’est ainsi que commence l’histoire.
Un enfant qui a cru, jusqu’à l’âge de huit ans, qu’il avait une mère. Une femme qui réchauffait les pieds les soirs de décembre, qui essuyait les larmes, qui trouvait les mots justes après les chagrins d’enfants. Une présence douce, attentive, presque évidente. Ce n’est que plus tard qu’il apprendra qu’elle n’était qu’une nourrice.
Dans la cour de l’école de Magnat-l’Étrange, cette histoire ancienne se mêle aux voix d’aujourd’hui. Les enfants la racontent comme si elle leur appartenait. Parce qu’elle est née ici, dans ce pays pauvre du centre de la France, sur le plateau des Millevaches – ou plutôt, comme ils aiment à le rappeler, le plateau des Mille Sources.
Ici, la pauvreté n’est pas celle des hommes, mais celle de la terre. Un sol peu profond, difficile à cultiver. Et pourtant, partout, l’eau affleure.
Là où naissent les rivières
Les enfants marchent. Ils touchent la terre. Ils soulèvent les feuilles mortes. L’eau apparaît presque aussitôt, suintante, discrète.
« Sans eau, il n’y a pas de vie », disent-ils simplement.
On leur montre les racines, les champignons, le mycélium qui relie les arbres entre eux comme une toile invisible. On leur parle de bactéries qui circulent comme sur des autoroutes souterraines. On leur explique que les sols vivants retiennent l’eau, la filtrent, la partagent.
Ils comprennent vite. Peut-être parce qu’ici, l’eau n’est jamais très loin.
Les ruisseaux naissent doucement, s’infiltrent, ruissellent, se rassemblent. Ils alimentent la Roseille et d’autres rivières plus grandes, plus bas, ailleurs. Une eau qui commence ici et que des milliers de personnes boiront plus loin, sans toujours savoir d’où elle vient.
Des histoires qui coulent de source
À Magnat-l’Étrange, l’eau raconte aussi des histoires.
Celles des lieux-dits, des noms en patois, en occitan. Les Vergnes, les rivières, les zones humides. La toponymie devient une archive vivante. Chaque mot garde la trace d’un paysage, d’un usage, d’une mémoire.
Et puis il y a cette autre histoire, celle de Rémi Sans Famille. Racontée, transmise, discutée. Les enfants découvrent qu’Hector Malot n’est peut-être jamais venu ici, mais que le territoire est entré dans son imaginaire par les récits, les migrations des maçons creusois partis travailler à Paris, les rivières, les plateaux, la ligne de partage des eaux.
Ils apprennent que les géants, dans une légende, ont pleuré si fort que leurs larmes ont créé Mille Sources.
Ils rient. Mais ils retiennent l’essentiel : l’eau est une richesse fragile.
Comprendre pour protéger
On parle de forêts. Des feuillus, des hêtres tortueux, des chênes qui boivent jusqu’à deux cents litres d’eau par jour. Des forêts adaptées à leur climat, mais menacées par les sécheresses à venir. Peut-être qu’un jour, ici, pousseront des arbres du sud. Peut-être des oliviers.
On parle aussi de barrages, de stations de traitement, de robinets. L’eau n’est pas magique : elle est surveillée, protégée, analysée. La police de l’eau passe. Les stations d’épuration nettoient ce qui a été sali. L’eau revient à la rivière.
Les enfants visitent, posent des questions simples et justes :
« Est-ce qu’on peut laver l’eau ? »
On leur répond que oui, mais que le mieux reste de ne pas la salir.
Être gardiens
Un agriculteur parle de ses vaches, de leurs besoins immenses en eau. Il explique pourquoi il faut clôturer les rivières, protéger les berges, aménager autrement. Il parle de projets modestes, de sources captées, de panneaux solaires, d’équilibres fragiles.
Et les enfants concluent, chacun à leur manière.
L’eau, c’est pour boire.
Sans elle, il n’y aurait pas de vie.
Ils disent qu’elle est magique. Qu’elle porte. Qu’elle fait flotter.
Ils disent surtout qu’il faut en prendre soin.
Alors, à Magnat-l’Étrange, là où tout commence, les enfants se définissent eux-mêmes comme ils l’ont appris au fil du film :
des gardiens de Mille Sources.

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