Une filière bois AOC en Chartreuse
Une filière bois AOC en Chartreuse

Immersion dans le Parc naturel régional de Chartreuse, à la découverte du premier bois AOC de France. Une initiative du territoire au service de sa forêt et de son économie locale. La structuration de la filière permet une gestion de la forêt et une préservation de sa biodiversité et offre aux scieries locales des débouchées avec la préparation de bois d’œuvre produit sur le territoire.

En Chartreuse, un bois d’exception entre en AOC

Au cœur du massif de la Chartreuse, une forêt emblématique est devenue le premier territoire français à obtenir une Appellation d’Origine Contrôlée pour du bois. Une reconnaissance inédite qui consacre à la fois un écosystème, un mode de gestion forestière et toute une filière locale.

Ici, la forêt n’est pas un décor figé. Dans la Grande Chartreuse, massif emblématique des Alpes du Nord, le bois d’œuvre est désormais reconnu par une AOC — une première nationale pour un produit non alimentaire. Une distinction qui garantit l’origine locale, la qualité du matériau et le respect d’un savoir-faire transmis sur plusieurs générations.

Une forêt gérée sur mesure

Sous les grands épicéas et les sapins, la gestion forestière se fait à l’échelle de l’arbre. « On pratique une gestion différenciée, adaptée aux enjeux », explique Norbert Debroize, responsable du massif de la Chartreuse à l’Office national des forêts. Ici, pas de coupe rase. La forêt est conduite en futaie irrégulière, dite à couvert continu.

« On prélève des arbres adultes en laissant suffisamment de lumière pour que la forêt se régénère naturellement », précise-t-il. Chaque essence a ses besoins, chaque ouverture est réfléchie. Cette gestion douce présente plusieurs avantages : meilleure résilience face aux risques naturels, maintien de la biodiversité et protection de la ressource en eau.

Une approche qui tranche avec les modèles forestiers plus intensifs et qui inscrit la Chartreuse dans une vision de long terme, où le temps de la forêt prime sur l’urgence de la production.

Reconnaître un bois comme un produit de terroir

Portée par le Parc naturel régional de Chartreuse, la reconnaissance en AOC est l’aboutissement d’un long travail collectif. « On travaille sur ce projet depuis 2005. L’AOC, appelée ABEL, existe officiellement depuis 2019 », rappelle Fabien Bourhis, responsable de la mission forêt-bois au Parc.

Pourquoi une AOC pour du bois ? « Parce qu’on a un produit différent, lié à un territoire et à un savoir-faire », résume-t-il. L’appellation reconnaît une chaîne complète de compétences : bûcherons, débardeurs, scieurs, charpentiers, gestionnaires forestiers, architectes. « L’AOC, ce n’est pas qu’un matériau, ce sont des femmes et des hommes, une filière. »

De la parcelle à la poutre, une traçabilité exemplaire

Une fois les arbres marqués, l’ONF assure elle-même l’exploitation avant de vendre les grumes à des scieries locales, spécialisées dans le bois d’œuvre. À la scierie de Chartreuse, Didier Rabatel montre des billes soigneusement estampillées. « Chaque grume AOC a une lettre et un numéro. On peut remonter jusqu’à la parcelle d’origine. »

Le cahier des charges est strict : gestion durable des forêts, critères précis de sciage, notamment sur la régularité des cernes, et suivi rigoureux à chaque étape. « C’est la première AOC non alimentaire en France. On est pionniers, et très fiers du chemin parcouru », souligne le scieur.

Après un démarrage modeste — 200 m³ sciés la première année — la demande s’accélère. « Aujourd’hui, on a une commande à elle seule équivalente à ce volume », note Didier Rabatel. Parmi les clients : l’Institut Pasteur d’Avignon, une commande symbolique pour cette filière émergente.

Construire local, sans viser la démesure

Depuis la création de l’AOC, une cinquantaine de bâtiments ont déjà vu le jour en bois de Chartreuse. « Ce sont des réalisations très concrètes », se réjouit Fabien Bourhis. Des constructions qui auraient pu être réalisées en métal ou avec des bois importés.

Pour autant, le modèle reste volontairement mesuré. « On ne cherche pas à construire en bois de Chartreuse partout en France. Ce sont des marchés de niche », assume-t-il. L’enjeu est ailleurs : relocaliser la construction, valoriser les ressources du territoire et reconnecter forêt, économie et architecture.

Dans la Grande Chartreuse, l’AOC bois n’est pas une fin en soi. C’est un outil. Celui d’une forêt habitée, gérée avec patience, où chaque poutre raconte l’histoire d’un paysage, d’un climat et d’un savoir-faire enraciné.

Plus sur la futaie irrégulière : https://reporterre.net/Une-methode-ecologique-d-user-de-la-foret-la-futaie-irreguliere et https://www.onf.fr/onf/+/1167::la-futaie-reguliere-et-irreguliere.html

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